High-tech

Faut-il rêver de la voiture autonome ?

Photo de la voiture Tesla de face

Le premier accident mortel à bord d’une voiture auto-guidée ne devrait pas relancer le débat sur la sécurité de ce mode de locomotion. Si on regarde les statistiques, aujourd’hui la voiture autonome reste remarquablement plus sure que la conduite traditionnelle.Pourtant, cette sécurité a un prix que nous risquons de découvrir bien trop tard.

Trop de confiance dans l’automate

Pour Tesla, l’accident ne remet pas en cause sa voiture. Il est survenu parce que ni la voiture ni le conducteur n’ont anticipé un changement de trajectoire d’un camion, qui s’est retourné à 90° et a percuté la voiture.

« Ni la voiture ni le conducteur » : autrement dit, les capteurs et l’algorithme n’ont pas encore assez de puissance ni de données pour réagir extrêmement rapidement à des signaux à très court terme. Parfois, l’accident est quasi-imprévisible.

Le fait que le conducteur n’ait pas réagi peut s’interpréter de deux façons :

  1. l’accident était effectivement inévitable, survenant trop rapidement pour permettre une réaction, même un coup de volant déclenché par le cerveau reptilien, celui qui prend les commandes en cas d’urgence absolue
  2. le conducteur se reposait sur le pilote automatique
Schéma du secteur d'analyse de la Tesla

Le pilote de Tesla analyse surtout ce qui se passe à l’avant du véhicule

Avant les résultats de l’enquête, il est impossible de savoir ce qui s’est réellement passé, mais la seconde hypothèse est très vraisemblable : les calculatrices nous ont fait oublier le calcul mental, les correcteurs orthographiques prouvent chaque jour leur incapacité à pallier totalement nos capacités orthosyntaxiques en chute libre, sans la mémoire de nos portables nous sommes incapables d’appeler nos proches (et je dois parfois consulter mon téléphone pour me souvenir de mon propre numéro…)

Dans certains domaines, il vaut mieux résister à la tentation de se reposer sur l’ordinateur.

De la puissance de l’algorithme prédictif en situation anormale

Les voitures « autonomes » se sont développées réellement avec les progrès du machine learning, que ce soient les modèles de Google, de Tesla ou de quelques autres constructeurs.

Le machine learning, qui permet à un programme d’apprendre par lui-même, au lieu de simplement mettre en place des réponses correspondant à des variables précédemment injectées est un grand pas vers une « intelligence robotique » qui aille au-delà de la répétition, équivalent électronique du par-coeur imposé aux jeunes enfants.

Photo d'une Google car

Un des modèles de voiture sans chauffeur de Google

Néanmoins, que le programme fonctionne sur une algorithmique classique ou sur ce nouveau type de traitement des données, la problématique de base reste la même : pour savoir, il faut de l’expérience, donc accumuler des données.

Le machine learning reste en effet basé sur l’analyse des résultats des réponses à une situation inconnue ou mal interprétée, tout comme le processus d’apprentissage humain, où le bébé apprend à marcher à force de tomber.

Autrement dit,

plus la voiture automatique aura d’accidents, plus elle sera sûre.

Le véritable avantage de la voiture sur l’homme, dans cette situation, est la possibilité de partage des expériences, par transmission, et de mise à jour de l’algorithme sur toutes les voitures à partir de l’accident d’une d’entre elles.

Mieux encore, l’utilisation de capteurs et de stockage de type « boîte noire » permettant d’exploiter l’expérience d’une voiture détruite, à l’inverse du partage d’expérience humain.

Poste du chauffeur d'une Tesla

La Tesla embarque encore un conducteur, mais en position « sans les mains »

Néanmoins, le volume de données nécessaire reste très volumineux, malgré la miniaturisation grandissante des stockages et des mémoires. Si les la Tesla, comme les voitures autonomes développées par Google utilisent bien le machine learning, c’est globalement, pas encore de façon individuelle, avec une transmission réseau vers la machine centrale à chaque fois que l’auto-pilote est mis en place.

De plus, l’apprentissage de la Tesla est principalement basé sur les réactions du pilote : les modifications de trajectoire décidées par ce dernier permettent d’enrichir la base de données des lieux à partir de coordonnées GPS. Mais rien n’est dit sur l’apprentissage en cas d’accident.

Voiture autonome ou voiture télé-conduite : qui contrôle ?

Cette structure avec un ordinateur central réalisant l’apprentissage et renvoyant les informations aux différentes voitures fait dire à certains que le terme « voiture autonome » est un abus et qu’on devrait plutôt parler de « voiture automatisée » ou de « voiture télé-conduite ».

C’est plus qu’une simple question de vocabulaire. C’est la base même d’un scénario de type « Braquage à l’Italienne » (où une bande de voleurs hacke le réseau de feux de circulation de la ville de Los Angeles) à une bien plus grande échelle.

Option 1 : hackage et banditisme

Les systèmes de navigation des voitures sont déjà susceptibles d’être hackés et contrôlés à distance. L’autonomie d’une voiture capable de rouler seule augmente bien évidemment le risque.

Option 2 : prise de contrôle étatique des déplacements

L’intrusion de l’état dans notre vie numérique est de plus en plus importante. Entre les Etats-Unis qui se sont donné le droit d’exiger vos codes d’accès à vos profils sociaux, les différentes lois d’urgence, les tentatives d’obtenir des déclarations de revenus de la part des places de marché…

Est-ce réellement de la politique fiction d’imaginer que les états, pour des raisons de sécurité nationale, demanderont un droit d’accès aux systèmes de pilotage ?

Et dans ce cas, n’y a-t-il pas un moyen plus simple que l’interdiction d’une manifestation syndicale ? Parasiter les systèmes de conduite pour empêcher l’arrivée au point de rendez-vous ?

Option 3 : manque de transparence généralisé

L’expérience a prouvé que les grands du net préservent jalousement le secret de leurs algorithmes. Les webmasters et SEO se plaignent déjà de l’opacité des critères de positionnement dans les pages de recherche de Google. Pourtant on est dans une situation où Google est avant tout fournisseur de service, en aucun cas concurrent direct et éditeur de site web.

Voiture sans chauffeur aux couleurs d'Uber

Le dernier arrivant sur le marché de la voiture sans chauffeur : acteur et bientôt fournisseur ?

Projetons-nous dans l’avenir : les grands de la voiture sans chauffeur seront sans doute Google, Tesla et Uber qui a suffisamment capitalisé sur les données transmises par ses millions de chauffeurs pour investir à son tour dans la voiture conduite.

Ces techniques se généraliseront d’abord pour les professionnels du transport et du transport de personnes, avant de se généraliser, peut-être, chez les particuliers.

Un des avantages de la voiture sans chauffeur est de fluidifier le trafic et d’éviter les embouteillages. Les fournisseurs de voiture sans chauffeur auront donc différents clients, directement compétiteurs (les transporteurs).

Comment assurer la neutralité de l’algorithme ? Qu’est-ce qui garantira, par exemple, qu’Uber ou Google, entreprises américaines, ne favoriseront pas des transporteurs nationaux, face à des concurrents européens ?

La liberté de transport est une liberté fondamentale, à mon avis nettement plus importante que la liberté de porter une arme.

La voiture conduite permet effectivement d’améliorer la sécurité des transports, mais cette sécurité aura un prix, que nous ne connaîtrons que trop tard.

Pendant ce temps, Google investit dans la voiture aérienne (le taxi du 5° élément) qui sera, bien sûr, conduite sans chauffeur…

2 commentaires
  1. Les voitures autonomes , Google, les algorithmes SEO vraiment c’est le sujet de l’actualité

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  2. Et puis les accidents, ça donne du boulot aux chirurgiens 🙂

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